Jean-Marie Guyau (1854-1888)

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“Les vieillards sont, en général, plus inclinés que les jeunes gens à devotion. Il y a sans doute bien des raisons à cela, l’approche de la mort, l’affaiblissement du corps et de l’intelligence, le besoin croissant d’un appui, etc., mais il en existe un raison plus profonde: le vieillard, toujours plus isolé que le jeune homme et privé des excitations de l’instinct sexuel, est réduit à une moindre dépense d’affection e d’amour. Ainsi s’accumule en lui un trésor d’affection non utilisé, qu’il est libre d’appliquer à tel ou tel objet; or l’amour de Dieu est celui qui coûte le moins d’efforts, qui s’accomode le mieux à l’indolence naturelle des vieillards, à leur souci d’eux-mêmes; ils deviennent donc dévots, moitié par égoisme, moitié par besoin de préoccupations désinteressées. Dans notre coeur à tous brûle toujours quelque grain d’encens dont nous laissons le parfum monter à Dieu quand nous ne pouvons plus le donner à la terre.

Signalons aussi la perte des êtres aimés, les malheurs de toute sorte, les infirmités irréparables, comme provoquant naturellement une expansion vers Dieu. Au Moyen Âge, la misère a été parfois un des plus importants facteurs de la piété; qu’il arrive à un homme un très grand malheur immérité, il y a toute chance pour qu’il devienne croyant et religieux, à moins qu’au contraire il ne se fasse athée: cela dépend souvent de sa force d’esprit, de ses habitudes, de son éducation. Quand on frappe un animal, il peut arriver également qu’il vous morde ou qu’il se couche à vos pieds. Toutes les fois que notre coeur est violemment refoulé, il se produit en nous une réaction inévitable; il faut que nous répondions du dedans aux coups venus du dehors: cette réponse est tantôt la révolte, tantôt l’adoration.

Tous les faibles, tous les déshérités, tous les souffrants, tous ceux à qui le malheur ne laisse même pas la force nécessaire pour s’indigner, n’ont q’un recours: l’humilité douce et consolante de l’amour divin. Quiconque sur terre n’aime pas assez et n’est pas assez aimé, cherchera toujours à se tourner vers le ciel…”

Jean-Marie Guyau (1854-1888)
L’Irréligion de L’Avenir.
Paris, 1930, Librairie Félix Alcan. Pg. 99

 

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